De l’enfant nié à l’adulte qu’il est devenu…

Cette nuit le cauchemar m’a réveillée, comme il  y a si longtemps maintenant.

Je sais qu’il parlait de bêtes et d’horreur, et puis il y a eu le réveil comme si je ne voulais pas aller plus loin. Je sais qu’en m’éveillant, je me suis dit, « non pas encore c’est le troisième ».

Il y avait trois cauchemars se suivant dans mon sommeil. En me relisant, je me demande, trois…  cauchemars ou trois… expériences de vie semblables en rappel des cauchemar d’enfant ?

Je voudrais ouvrir la fenêtre et passer ma tête, l’air dehors, le sentir, souvenir d’enfance.

L’enfant qui se levait la nuit, l’été, dans la grande chambre familiale de la maison de la montagne et qui s’asseyait par terre à la porte du balcon, à regarder les étoiles et à attendre le jour pour pouvoir dormir enfin sans cauchemar.

Qu’est ce que cela signifie ? ¨Pourquoi ? Je me suis levée pour aller baisser le chauffage, chaud, si chaud, la sensation d’étouffement est là. J’ai bu un verre d’eau aussi mais le malaise ne passe pas.

J’ai 8 ans ce soir, pas 52. Que me rappelle le cauchemar qui m’éveille ? Même si l’ombre sombre qui le causait rode, ce n’est pas elle, je ne crois pas, elle je sais la chasser, tant d’années à apprendre…

C’est autre chose, un retour à l’enfance, la terrible enfance. La solitude sans doute, plongée totale en solitude. Un peu après m’être réveillée je me souviens j’ai repensé à cette demande au ciel, ce besoin si fort de ne plus être seule. Je me suis endormie dans cette intense, atroce solitude de toujours retrouvée.

Je parlais à une amie du désert des tartares ; oui, attendre ce qui ne viendra jamais jusqu’à comprendre qu’il n’y a plus rien à attendre. J’ai fini par comprendre. Mais j’ai attendu, espéré si longtemps le signe de la délivrance, attendre en espérant que la mort ne viendra pas.

La mort peut l’être de tant de choses, de la vie comme de l’espoir. J’ai perdu l’espoir si je n’ai pas perdu la Foi, perdu l’espoir en quelque chose d’humain sur ma route, en l’Amour humain juste pour moi, je pense.

Je me suis surprise à détester la nuit, à ne plus aimer les volets fermés, moi qui n’en ai jamais fait cas, aussi loin que remonte la mémoire. La nuit c’est le silence, la solitude, l’absence hostile de celui qui vous fuit, de ceux qui voudraient que vous ne soyez pas.

J’ai plongé dans l’océan étrange de la fuite, la fuite de la souffrance, la fuite qui mène à la fin. Aurais-je peur de la mort ? Non, définitivement  non, elle est délivrance de l’humain. Je ne sens pas la peur lorsque j’ausculte mon être, même la peur de la souffrance ne sait pas la résonance.

C’est le vide qui est insupportable, le vide humain de la vie. Ce vide, le mot de l’évidence, cette évidence que j’ai si bien compris. Mais c’est bien sûr !  Le vide du déni absolu de l’être.

Voilà l’origine du cauchemar et du réveil qui l’a suivi : le vide du déni, l’absence absolue d’Amour, l’a où on l’a tant cru être, tant attendu ensuite, me tire inexorablement vers l’origine du long combat de ma vie : être à défaut d’être aimée.

L’enfant niée, l’enfant qui n’avait pas d’existence, ne jamais revenir à cela, la peur que ce que je vis m’y fasse replonger, c’est cette peur qui m’a réveillée, c’est elle qui insidieusement me faisait ouvrir le volet, fuir le noir, parce qu’elle signe le gouffre le plus terrible qui soit pour moi : prendre conscience qu’aux yeux de l’autre, des autres qui composent votre base, ces autres si importants, vitaux, vos très proches, vous n’êtes pas.

La était la source de ce long hurlement que j’avais tant envie de laisser sortir de moi tout à l’heure.  Seigneur ? Où suis-je retombée ? Pourquoi le cauchemar recommence t’il ?
Il y a peu, j’ai su que j’avais compris le manque originel en moi. J’ai enfin compris la négation.
Le choc a-t-il été si rude que je l’ai occulté ?
Très probablement, il y a eu les pleurs de l’enfant qui n’a jamais eu aucune place, mais l’arbre cachait donc la forêt ?

Cette sensation de retour, ce matin encore, de partir en arrière, cette tendance au bercement, léger soit, mais présent, que j’ai ressenti à plusieurs reprises, ce geste du doigt qui caresse la lèvre si souvent ces temps ci, geste rassurant de l’enfant qui ainsi a la sensation qu’une main lui donne la caresse d’amour qui fait grandir, comme la mère donne le sein nourricier, c’étaient donc les signes de ce qui affleurait ?

Fuir, courir, disparaitre, m’enfuir, loin, loin de ce gouffre la. La panique n’est pas loin, enfant j’ai su que ne pas se battre c’était mourir, et j’ai vécu, … ou survécu ? Et là, il faut que.. mais comment ? Enfant, j’ai trouvé une branche pour m’accrocher, c’était me construire, être tangible, palpable, mais là ?
Pour mes enfants qui vont si mal pour l’une, et tant besoin de moi pour l’autre ?
Je sais, je les sais, mais les choses sont si floues, comme si eux et ce moi la n’avaient pas de point commun. Eux, je sais être là pour eux, c’est facile en fait.
Mais en ce moment, être là, pour moi, pour moi seule, le sens m’en échappe. La prise pour m’y tenir m’échappe.

Alors, sans savoir vers quoi j’allais,  j’ai pris le clavier et je tape, je tape pour retrouver le fil, m’accrocher, ne pas tomber. Que se passera t’il si je tombe ?

Sentiment particulier mais qui lui aussi fait écho dans la mémoire, il se passera que je plongerai dans la folie, le mutisme de la folie. Je sais, parce qu’arrive l’émergence : jai vécu cette sensation, adulte, lorsque j’ai revécu le déni, la négation de l’être là où je croyais que n’existait que l’Amour.

Je tiens quelque chose et je ne dois pas le lâcher, mais c’est si furtif, si fugitif.
Relire juste au dessus et retrouver, oui, la folie, le mutisme de la folie, l’enfermement de l’enfant, je me souviens d’elle, moi, qui plongeait dedans, cette envie de me refermer sur moi, repliée sur moi, recroquevillée, bras autour des jambes, me bercer, me fermer, oublier la parole, oublier le monde.

Souffrance infinie qui sort, larmes qui roulent, douleur à hurler qui vient du tréfond de moi. J’ai retrouvé l’horreur. : j’ai six ans je crois, je me suis enfermée dans l’un des seuls endroits où je pouvais le faire, j’ai refermé les bras sur mes jambes :  ne plus prendre de place, n’être qu’un bloc sur lequel rien n’aura prise, je me berce et j’appelle en moi le silence, le vide, l’oubli, ne plus penser, ne plus ressentir, ne plus être, qu’on ne retrouve que cette masse fermée et qu’on la pose à l’abri quelque part, je ne veux plus être un humain.

Adulte, on peut se souvenir de la souffrance mais on ne la vit plus autant, je le sens encore ce soir mais bien plus que les autres douleurs remontées.
Je suis actrice et spectatrice de moi-même, ma douleur, totale, la souffrance intolérable et la quête désespérée pour y échapper ont six ans, l’horreur de la souffrance, sa non acceptation parce qu’elle est épouvantable, l’humaine atterrée devant cela, en ont 46 de plus.

Je me sens vidée, satellisée, si peu consciente, il ne me reste que la peur, terrible, du cauchemar, alors je sais que le vide n’est pas la délivrance et que je dois replonger dans celui la, vivant, de ce moment d’enfance, de ces moments devrais-je dire, car du fin fond des souvenirs revient qu’il ne s’est pas produit qu’une fois. Que ce rêve d’effacer la capacité à ressentir, je l’ai eu plusieurs fois, peut être même bien des fois pendant quelques années et elles ont duré ces terribles années.

Je retrouve l’adulte jeune qui se roule en boule et qui se berce : oublier, oublier, oublier qu’on est pas, qu’on est rien, rien pour l’autre.

Etre rien pour l’autre c’est ne pas exister, l’humain n’est pas ainsi fait qu’il puisse vivre seul avec bonheur. Celui qui y parvient peut se permettre de n’avoir que Dieu comme compagnon ou il a finit par tant détester ou craindre les autres, au bout de sa souffrance sans aucun doute, qu’il les fuit. Je ne peux pas, pas encore peut être ? J’ai trois enfants.

Il ne me reste qu’à replonger dans le vide de la nuit et voir si le cauchemar ne vient pas. La tristesse est toujours présente mais elle a changé de forme, elle a pris le regard du vide intérieur, en arrière de l’autre, qui pour moi existe et ne doit pas être laissé de côté. Même en amont de ma Foi, si forte, ce soir je trouve le vide, le vide de mon être, celui que l’on a jamais aidé à construire.

Seigneur, faites que demain je ne me sente pas construite sur du vent, faite de sable, j’ai peur du sommeil pour que cela soit ainsi au réveil, je crois.

J’ai relu, pour me comprendre et ma prière a été entendue. Je suis vide mais paisible, je vais laisser l’écrit pour un autre, inconnu ou connu, mais qu’il aidera peut être, j’en ai le regret car cela voudra dire que sa souffrance a ressemblé à la mienne, qu’il a vécu l’intolérable, mais j’en ai aussi la joie, parce que cela l’aura aidé.
Aider l’autre à ne pas souffrir ce que l’on a souffert, c’est un chemin choisi.
Certains soirs, comme celui-ci, pour moi, il prend tout son sens.

Lumière sur nos Vies humaines et nos chemins de douleur!
Mao

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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Une réponse à “De l’enfant nié à l’adulte qu’il est devenu…”

  1. Nil Dit :

    Lumiere et Amour sur toi…

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