L’inceste, en comprendre la perception de l’enfant et l’impact sur le futur adulte

« L’inceste entraîne une perturbation grave, sinon irréversible, dans le développement affectif et moral de l’enfant, rendant très difficile sa future aptitude à se prendre en charge lui-même, aptitude qui définit la personne comme moi unifié capable d’autonomie »

Pourquoi l’enfant ne peut dire non et pourquoi il se sentira coupable ?
Il faut comprendre l’écart qui sépare le vécu sexuel de l’enfant de celui de l’adulte.

La différence est immense entre l’attente affective qui n’a pas vraiment de forme chez l’enfant et l’exigence très sexualisée de l’adulte.

Je cite ici  B.. Jolibert  (réf. en bas de post) :
« Si l’adulte, attend du partenaire la satisfaction d’un désir très défini dans son but, son objet, sa finalité, l’enfant, en revanche, même et peut-être surtout lorsqu’il se montre le plus consentant ou provocateur, demande d’abord de la tendresse, une sorte d’affection dont la fin est plutôt un engourdissement heureux qu’une baisse de tension sexuelle génitalement définie…

La différence entre le besoin d’amour qu’éprouve l’enfant et celui de l’adulte n’est pas une différence de degré, mais bien de nature : l’attente n’est pas la même, l’acte non plus, la finalité encore moins. Le mot « amour » ne signifie pas la même chose pour l’enfant et l’adulte.

Rien ne le montre peut-être mieux que le silence auquel est conduit l’enfant. À la différence du viol par agresseur externe à la famille, l’inceste conduit la victime au mutisme ; silence social, familial, moral en raison du secret qu’impose l’énormité de la transgression et la difficulté de trouver un interlocuteur.
Par ce silence qu’impose le secret, la victime est comme anesthésiée. Elle ne peut communiquer les sentiments que lui impose la situation. Non que les mots manquent ; c’est plutôt le caractère déchiré et
insupportable de la relation qui rend l’aveu impossible. « 

Le plus souvent, l’enfant ne peut surmonter les contradictions de ses propres sentiments incestueux qu’en retournant l’écoeurement contre lui-même.

Tout est là hélas clairement dit :
L »enfant victime d’inceste devient pour lui même un adulte coupable et honteux.

Cette confusion, cette instrumentalisation du corps de l’enfant, de l’enfant lui même par l’adulte référent, le parent,  l’empêche de grandir, de développer sa propre individualité. il n’a pas les moyens de se construire sa propre personnalité, l’autonomie de sa personne disparait dans le non détachement d’avec l’adulte.

Plus l’inceste se produit sans violence, dans une forme de banalisation terrible, plus il installe l’enfant, donc le futur adulte dans une dépendance totale qui va bloquer son évolution personnelle, affective autant que morale au stade d’une immaturité confuse.

L’inceste dévore l’enfant, l’adulte se l’approprie, l’empêche de se discerner, l’enfant reste objet, il ne peut devenir sujet.

Dans l’inceste il y a un comportement fusionnel de la part de l’adulte

L’enfant victime d’inceste va développer une apparente maturité alors qu’intérieurement il demeure totalement immature.

L’enfant aime ses parents, infiniment, aveuglement et il peut pour cet amour subir les pires choses.
Le désir de l’enfant c’est ce que désirent ces parents, ce qui est normal puisque ce sont eux qui lui fournissent tout ce qui est nécessaire à sa vie.

Le rôle des parents est d’amener l’enfant à devenir un adulte, à se détacher d’eux pour pouvoir vivre « sa » vie, un rôle que l’on voit clairement dans les sociétés dites primitives avec leur rites de passage à l’age adulte et  l’éloignement du noyau.

Ce que l’on nomme désir incestueux de l’enfant n’est que cet amour, ce n’est pas un désir sexuel tel qu’il se vit chez l’adulte, c’est le désir de la fusion protectrice, du retour à la poche utérine.

L’enfant en grandissant apprend à reporter son désir d’amour sur autre chose que ses parents, il découvre le monde, il déplace son centre d’attention qui était unique, les parents sont les moteurs de ce chemin vers son autonomie affective, morale, sociale
La marque de l’inceste ferme cette porte, l’enfant est indissolublement lié par ce qui devrait le détacher du parent.

Le désir existe en l’enfant, il existe en toute être vivant, regardez les jeux des jeunes mammifères immatures, il y a parfois ce qui ressemble à une érotisation de leur jeu (en dehors des jeux de dominations des jeunes mammifères), mais tout ceci est confus, inconscient.

L’être est un être en devenir et le parent lui permet de  devenir conscient de son désir et de l’orienter vers l’extérieur.

La confusion créée par l’inceste donne le contraire, l’être n’a pour regard que le parent, et lorsqu’adulte,  il se retrouve projeté dans le monde de la négation de l’inceste avec la marque d’infamie qui l’entoure, l’enfant en lui est coupable et se cache, il devient incapable de guérir.

Il faut souvent beaucoup de travail pour que l’inceste soit dit par celui qui l’a vécu. Pour que la honte disparaisse, pour que l »être unique puisse enfin emmerger de la prison incestueuse.

Il faut aussi prendre en compte le climat incestuel, que nous verrons également, car il être pernicieux par le flou qu’il entretient, mais qui, même si l’inceste n’a pas lieu, interdit lui aussi l’autonomie, infantilise lui aussi le futur adulte et l’empêche de se détacher, de sortir de la fusion mère fils, père fille indispensable à l’épanouissement futur.

Je laisse le lien de la parution qui m’a permis de créer ce sujet et qui a été publié dans la revue «  »Expression »  :
VIOLENCE INCESTUEUSE PRÉCOCE
ET DÉVELOPPEMENT DE L’ENFANT
Bernard JOLIBERT, IUFM de la Réunion
http://www.reunion.iufm.fr/Recherche/Expressions/21/Jolibert.pdf

Amitiés et Lumière!
Mao

 

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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