L’Asperger, son monde, en face, et les ponts coupés entre les deux

Découverte dans mes ballades sur la toile, je cite des paroles de personnes vivant avec le syndrome d’Asperger :

« Je sais qu’il faut être souriant quand on rencontre quelqu’un pour la première fois, même s’il n’y a aucune raison. »

… à la boulangerie. « Je n’ai pas encore pu bien observer comment les gens géraient ce moment où il faut à la fois prendre le pain et la monnaie… je panique toujours ! » 

Un flot d’émotions est remonté, un gros noeud qui a passé douloureusement le plexus pour venir exploser dans les larmes des images de l’enfance retrouvées, la petite fille qui se disait qu’en se balançant doucement les bras repliés sur les jambes, recroquevillées dans un coin, elle allait pouvoir devenir légume et ne plus rien sentir, que tout serait enfin simple et que les autres ne lui feraient plus mal parce que décidemment elle ne comprenait jamais comment il fallait faire pour qu’ils soient contents d’elle.

J’ai toujours cette angoisse dans la file d’attente de la caisse ou de la boulangerie, comment faire tout en même temps comme les autres le font si bien, comment on fait pour que tout soit lisse et pas heurté. C’est pour celà que j’aime tant vivre dans le petit coin de France où je me suis posée, les gens n’y sont pas pressés, ils ne vous regardent pas avec cet air de dire « alors!!! ca vient! », et ça me fait du bien de lacher cette pression un peu. Je la sens monter, bien sur, mais je peux la raisonner et continuer à avancer, non pas dans ma bulle, je ne vis pas dans une bulle, mais sur mon petit nuage, ma petite planète à moi.

J’essayais d’expliquer que dès l’enfance, les relations à l’autre étaient terribles, j’étais comme dans une arène avec des tas de gens qui gesticulaient tous dans le même sens et criaient. Mais c’était comme si j’étais sourde tout en entendant leur cris. Je ne comprenais pas tout ce que ce langage corporel et verbal signifiait. Et lorsque j’essayais d’interagir, de leur parler, ils m’ignoraient ou se retournaient vers moi et me criaient dessus, et je m’enfuyais, les mains sur les oreilles, paniquée totalement par cette violence, ce ras le bol, ce « mais fous nous donc la paix, il n’y a rien à expliquer, tu ne fais pas partie de notre monde, tu nous déranges » que je sentais en eux.

Comme la personne qui parle, j’ai appris à mettre un sourire sur mes lèvres dès que je suis dehors, un sourire comme un masque, parce que sinon on ne comprend pas mon air sérieux, je ne boude pas, je n’ai pas de raison de sourire, c’est tout simple en fait.

J’ai copié si longtemps, singé, comme le font si intelligement les primates, les codes humains pour échanger avec les autres, je me surprends toujours à mettre mille précautions avant de dire, d’entourer mes mots ou mes interrogations qui ne sont rien d’autres que des questions de tas de formules pour bien faire entendre qu’il n’y pas de sous entendus, pas de sens second. Parce qu’il semble bien que ce soit la règle, les mots qui en disent d’autres.

Mais alors pourquoi ne pas prendre ceux qui veulent dire ce que l’on voudrait tout simplement? Bien sur celà m’échappe et on me regarde encore comme la bête dans l’arène. Alors je me tais et je me ferme au monde.

Avoir mis un mot sur ma différence, je ne suis pas « atteinte », je suis « différente » (comme 3% de la population parait il), me permet de changer ma vie.

Et c’est salutaire pour un Asperger, parce que la souffrance que cause la difficulté à devoir jongler avec des tas de concepts qui ne nous parlent absolument pas, la souffrance de l’agressivité qu’engendre notre différence, le rejet qu’amène notre naiveté qui nous rend si franc et souvent si perspicace sur ce qui n’est pas vrai chez l’autre, cette souffrance là peut devenir intolérable.

Je ne veux pas vivre dans une bulle, je ne veux pas qu’on m’y enferme, je veux vivre sur ma planète, la planète « Aspie » et pour se faire, je rend le monde qui m’entoure transparent, je le traverse mais il n’existe pas vraiment. Bien sur, en vivant ainsi, on vit très seul, mais pour vivre heureux doit on vivre uniquement caché? Moi je préfère vivre seule avec ma différence.

La personne disait aussi ;

 » Quant aux relations sociales plus approfondies, elles demeurent difficiles.  « J’essaie déjà de comprendre l’amitié, alors l’amour… »

Je la rejoins parfaitement Même ce que j’appelle l’Amitié diffère de la vision de la plupart de mes contemporains. Parce que je ne peux y mettre un jeu social, parce que je n’y mets pas plus qu’ailleurs de deuxième degré dans l’échange. Je ne cherche rien chez l’autre, je ne lui demande rien, il est et c’est tout. Mais l’Amitié, décrite comme l’un des plus beaux sentiments ? échanges? humains semble trop souvent se résumer à un autre jeu de dupes, où l’on ménage l’autre donc où il faut jouer à être comme.. à dire et ne pas dire.. et comme je ne sais pas faire, parce que ma cervelle n’a pas la case pour, je me prends les pieds dans le tapis à tous les coups.

Alors que faire? Mettre un masque de oui-oui et faire semblant? A quoi ça sert? A croire avec des amis et être accepté? On ne l’est pas puisqu’on ne l’est qu’en jouant un rôle.

Peut être peut on avoir des amis Aspies? Je ne sais pas. Des amis « humainement standard? » je veux y croire, mais comme çà ne doit pas être facile pour eux non plus, est ce qu’on a envie d’être ami de quelqu’un comme moi? de ces « différents de l’Etre » que sont les Aspergers?

A t’on encore envie, nous, à un certain moment d’avoir des amis? Aspies qui passez par là, votre commentaire est bienvenu pour en dire ce que vous vous en pensez.

Plein de Lumière!
Mao

 

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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Une réponse à “L’Asperger, son monde, en face, et les ponts coupés entre les deux”

  1. Selene Dit :

    Je ne suis pas aspie, mais je voulais réagir . Ce message me touche beaucoup tant c’est un cri de vie et de reconnaissance de ce que tu es, de la souffrance ou des difficultés qu’on peut endurer quand on ne marche pas comme les autres.
    Trop souvent malheureusement les êtres sont amenés à se plier à ce qui semble être commun , trop souvent on oublie la singularité de chacun et sa richesse , et combien ça peut être dur pour celui qui le vit.
    Alors merci de ce partage que tu fais .

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