Chroniques du Passeur d’Ames : le garde républicain

Il y a deux jours, j’ai repris mon sac à dos, un billet de train et je suis repartie libérer des ames prisionnières des lieux qui abritaient leurs drames.

C’est dans une jolie et calme banlieue parisienne que j’ai découvert une maison, cachée derrière de hauts murs mais qui était déjà si lourde lorsque l’on arrivait à la porte. Une de ces maisons si particulières dans leur agencement, avec ce petit coté historique qui fait leur charme et que l’on devrait s’arracher.

Mais la maison restait désespérément vide d’habitants. Il y avait ceux qui bloquaient, ceux qui fuyaient, ceux qui hésitaient et finissaient par dire non. Aussi charmante soit elle, la maison ne donnait pas envie de l’acquérir.

Une maison lourde, triste, étouffante. C’est dans le salon près de la cheminée que j’ai vu se dessiner la dernière scène d’un drame qui allait hélas en révéler un autre plus bas, dans la cave.

A la fenêtre j’avais « aperçu » une jeune femme, vétue comme on l’était à l’époque Directoire. Elle semblait là enfermée, triste, incapable de sortir.

Je l’ai revue dans le salon, près de la grande cheminée d’époque, que l’on avait mise à nu, otant le platre qui devait la couvrir alors. Un homme était là, garde républicain, portant un grade, déjà officier. Il l’a maltraitait, la sequestrait,? Il l’avait une nouvelle fois giflé d’un grand revers de main. Et l0, soudain, dans la main de la jeune femme, un couteau, un grand et large couteau de cuisine. L’attendait elle avec l’arme? je ne sais plus, mais je sais qu’elle ne pouvait plus et qu’elle avait cette envie si forte de le tuer. 

Un passeur d’ames voit la main qui frappe, la tache rouge sur la chemise, l’homme qui glisse à terre, et là, la femme, ayant totalement perdu la raison, qui frappe et frappe encore celui qui est la cause de sa folie, dont l’acharnement l’a conduit au meutre pour se libérer de son bourreau.

L’image s’efface et une autre apparait, la jeune femme revient, elle s’est changée. Elle entre dans le salon, très calme, très droite mais son regard est vide, son regard est celui de la folie qui emmene si loin les êtres en eux même. Le drame ne va pas s’arrêter là. Elle porte ce que je prends sur le moment pour une chemise de nuit longue et blanche. Ses cheveux sont dénoués, elle les porte ondulant, longs et clairs, d’un beau blond doré comme les blés bien murs. 

En partant à la recherche d’images de l’époque sur la toile, comme je le fais toujours pour vérifier l’époque que je pressentais, je vais me rendre compte que j’ai fait une erreur. Elle ne porte pas une chemise de nuit mais une robe dite d’après midi de l’époque. Elle s’est tout simplement « fait belle ».

Pourquoi? Pour être belle pour mourir. Pour retrouver au moment de choisir le suicide, sa personnalité, son image,  avant que cet homme à qui elle a oté la vie, sur le corps duquel elle s’est acharné, ne la réduise à se sentir moins que rien.

Elle attise le feu dans la cheminée, fait monter les flammes dans l’atre haut et totalement figée par l’image terrible, je la vois, décidée et calme, pénétrer dans le feu pour s’immoler.

J’ai pu « intérieurement » fermer les yeux pour ne pas voir son horrible fin. Mais j’ai entendu et j’ai su, j’ai entraperçu ce qui s’est passé ensuite, quand les flammes l’ont embrasée, quand il a été trop tard pour s’enfuir loin et éteindre cette torche humaine.

Etre passeur d’ames, c’est éprouver à ces scènes là, si épouvantables,  tant de tristesse, qu’elle vous poursuit encore le lendemain. Raconter ceci c’est une manière de rendre un dernier hommage à cette malheureuse, si belle et si triste. La libérer ca a été aussi sentir, dans ma propre main, le couteau qui frappe et frappe et frappe encore, vivre son vécu pour lui permettre de se libérer de ce qui la retient prisonnière, l’horreur de son geste encore plus que l’horreur de ce qu’elle a subi avant.

Et puis je suis descendue à la cave, attirée par le lieu, et de toute façon, tenue de tout vérifier, de ne laisser aucun endroit sans être certaine qu’aucune ame n’y « trainait ».

Dans la cave, dans un recoin, tassée sur elle même, les genoux repliés sur le corps, il y a avait une autre jeune femme, encore plus jeune, bien plus marquée. Elle était si menue, si amaigrie, elle portait des traces de coups, des hématomes, des traces de ce qui devait être un coup de badine de cavalier au visage, marques encore rouges, qui n’avaient pas eu le temps de sécher. Et il y avait son cou, avec ses empreintes de mains, son coup bleui, un peu violet, qui disait la raison de sa mort, l’étranglement.

Elle avait si peur, elle pleurait tant que de rage il l’avait étranglé. Elle vivait là avant la jeune femme immolée. Comment, pourquoi, d’où venaient elles toutes deux, quel était leur statut social? je l’ignore, je n’ai pas cherché à le savoir, quelle importance désormais. Il fallait la prendre par la main et l’emmener dehors, là où pour elle, toujours recluse dans son esprit était la liberté et le chemin de la Lumière.

La jeune femme du salon avait peur des hommes et ne voulait pas les voir dans la maison. « Ils sont laids et dangereux, ce sont des monstres vils » m’a t’elle dit. Alors à chaque fois qu’un couple venait visiter le lieu pour l’acheter, elle bandait toute son énergie de désincarnée pour repousser, chasser l’homme et bien sur, dans l’énergie, sans que la personne sache pourquoi, cela fonctionnait, la vente ne se faisait pas.

J’ai pris là aussi sa main, j’ai ouvert la porte fenêtre et je l’ai guidée dans le jardin. Il n’y avait plus de cheveaux non loin comme à l’époque, le puit était fermé, mais au fond du jardin, il y avait un grand bassin « comme à Versailles » ce sont ses mots.

Nous nous sommes posées non loin pour lui permettre de « souffler » et puis, lorsqu’elle ont été toutes deux,  le chemin de la Lumière s’est ouvert et elle est partie avec l’autre jeune femme, la soutenant parce que blessée, si maigre, si faible, elle avait bien du mal à marcher.

Même morts depuis si longtemps, les êtres restent figés comme à leur dernier instant, et ils peuvent s’entraider comme ils l’auraient fait alors. C’est une belle leçon qu’ils nous donnent là à nous vivants si souvent trop égoistes.

Après avoir du m’absenter pour courir vers un autre lieu à libérer en urgence, j’ai pu retourner au salon, là où l’homme attendait. Il m’avait lancé un « ne m’abandonnez pas, je vous en prie, revenez, alors que la porte se refermait sur moi.  Je l’ai écouté,  l’ai laissé expliquer son geste, le pourquoi de cette violence retournée contre les plus faibles et contre de si fragiles jeunes filles.

Il a pu exprimer sa souffrance personnelle et celle qu’il éprouvait désormais devant sa laideur, se libérer lui aussi de ce qui l’avait amené à cela et puis il est parti, enfin capable de rejoindre les chemins de la Lumière pour s’y réparer et reprendre un jour une vie plus digne et bien plus digne et lumineuse.

Voilà, la maison est jolie, accueillante et elle peut désormais abriter le bonheur d’une petite famille. J’attends les nouvelles et comme le medium sent souvent qui va venir dans un lieu, je suis bien sure impatiente de savoir si ce ressenti là aussi est juste.

Bientôt, je vous conterai l’histoire de l’autre lieu, celle de deux « potes » de jeu d’argent, d’un cercle de poker clandestin d’une époque où c’était interdit dans le cadre privé. Triste histoire qui parle encore de l’égoisme si profond dont nous humains pouvons être affligés.

En attendant de vous retrouver ici, Plein de Lumière.
Mao

 

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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