Servir jusqu’à mourir

 

C’est une jolie maison, ancien corps de ferme du château.
Le château a disparu avec le temps, la maison est restée.

C’est encore une fois la même raison qui m’amène sur le lieu : la maison, malgré ses charmes, son prix de vente qui a fortement baissé, ne se vend pas et les habitants qui s’sy sente mal, veulent partir. Le fils a changé de chambre, il se sentait de plus en plus mal dans la sienne et ce malaise s’est propagé à la maison.

Dans la cour, un pigeonnier, classé  monument historique, un joli atout de charme, mais qui ne parvient pas à attirer. Je rentre dans une maison que je ne vois pas. Je la trouve terne, mal agencée, je n’en vois que les défauts. Et surtout j’en ressens les présences, les morts entassés au rez de chaussée. 

Pour le Passeur d’ames, l’évidence est incompréhensible : ils sont morts de faim, barricadés dans la maison. Pourquoi? Comment peut on ne pas finir par sortir lorsque la faim atteint les limites de la vie? Il y a quelques enfants, des femmes, des hommes, vétus à la manière d’une autre époque, période révolutionnaire voir les costumes, à décoder les informations en eux.

Qu’est ce qui a pu les obliger à mourir de façon si horrible?
Ils se taisent, me regardent et ne bougent pas, habitués à servir en silence. Des ouvriers de la ferme, quelques servantes, il n’y a même pas de détresse dans leur regard, juste cette inhumaine résignation.

Ces gens vivaient dans la crainte, c’est certain. Ce que je comprends, c’est que dehors, il y a les troupes « ennemis » et que « si on sort ils  entreront piller ». Mais il n’y a pas eu de siège et la maison n’a pas été forcée, donc les soldats sont passés assez loin pour épargner ces malheureux.

Pour comprendre, j’entreprends la visite des lieux. A l’étage je trouve deux jeunes femmes, enfermées dans une chambre, décédées elles aussi, elle sont parties d’affaiblissement, de « mélancolie » disait on alors. Elle se sont laissées dépérir et un hiver trop rude a eu raison d’elles. Je les ai aperçu, elles étaient derrière la fenêtre quand je suis arrivée. Leur drame est antérieur à celui des gens du rez de chaussée, le mystère s’épaissit. C’est sous le toit que je vais trouver la raison de cette horrible affaire.

Il y a là un homme. Il m’a entendu et il m’attend. Il est orgueilleux, rigide. « On ne désobéit pas au borgne » me dit il. Le borgne c’est lui, un bandeau masque l’oeil gauche. Il a mis fin à ces jours, d’un coup de mousquet. Il n’a pas choisi la pendaison comme souvent, pour lui c’est une mort de lache. Il a placé l’arme sous son menton pour viser et l’a frappé violemment sur le sol, le coup est parti et il est mort sur le coup.

Pourquoi? Parce que le borgne ne trahit pas son seigneur, il ne se rend pas.
Mais ses filles? « Je ne savais pas ce que leur mère aurait voulu pour elle, elle ne m’a pas dit avant de partir (de mourrir) alors je les ai tenues enfermées ici, pour qu’elles ne fassent pas de mauvais parti ». Hésitant pour elles entre le couvent et un mariage, il a laissé ses filles mourir de tristesse devant un avenir sinistre. Cet homme fait frod dans le dos.
Et les serviteurs? Ils devaient garder la maison, et je leur ai interdit de sortir, quand je dis on m’obéit. »

Ces pauvres gens, tyrannisés, terrorisés par ce maître si dur n’ont jamais osé se libérer de leur futur tombeau.
Ils ont surement entendu le coup, mais le mousquet n’est pas encore une arme connue, un gros bruit au grenier, ça peut etre n’importe quoi et on ne dérange pas le maître quand il l’a exigé.
Alors ils sont restés à attendre ses ordres. Personne, absolument personne n’a osé le défier. Et ils sont morts de faim, à un pas de la liberté.
Les troupes ne sont pas passées par le village, elles ont tracé au loin. Il n’y avait rien à défendre, rien à sauver. Des existences sacrifiées par une obéissance aveugle, une peur incommensurable de l’autre.

Le borgne a accepté de lacher sa maison après avoir compris qu’elle ne risquerait jamais rien. Il a regretté la mort de ses filles, mais je ne suis pas du tout sure qu’il ait saisi la portée de ses actes. Il verra avec la Lumière plus tard sur son chemin.

Après  avoir « ouvert la porte » aux victimes de cet aveuglement, et avoir vu partir  toutes ces vies si inutilement gachées, j’ai refait le tour de la maison.

Qu’elle était joliment agencée, cette ancienne ferme que les propriétaires actuels avaient trouvé en bien mauvais état.
Que de jolies trouvailles, que de bon gout et qu’elle était en bon état.  Elle n’offrait plus le même visage.

Elle va trouver une nouvelle famille c’est sur, des enfants qui grandiront là eux aussi et qui courront autour du pigeonnier. D’une tombe, elle va redevenir un lieu de vie et de bonheur.

Pourquoi avaient ils achetés cette demeure là? Elle les avait attirés, irrésistiblement, elle les « appelait ». L’un des membres de la famille est medium, c’est certain. Et les morts l’ont senti.
Qu’il soit remercié comme il se doit par la Lumière pour avoir permis à toutes ces ames de pouvoir continuer leur route et oublier cette terrible épreuve.
Plein de Lumière!
Mao

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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2 Réponses à “Servir jusqu’à mourir”

  1. Mao Dit :

    C’est exactement celà, on ne peut continuer le chemin tant qu’on porte le poids de sa vie humaine. Tant que l’on n’a pas liberé, allégé son ame, on bloque. Après il y a le chemin dans l’au delà pour comprendre et revenir avancer. Le poids que l’on portera dans la nouvelle vie sera celui que l’on aura choisi de porter, ni plus ni moins. Il y a le cas particulier de ceux qui naissent avec une malédiction ancienne mais ca n’a pas à voir avec ce que l’on a fait avant. C’est une souffrance qui suit tant que la malédiction n’est pas levée, pas une que l’on choisit de vivre. Nous seuls décidons de souffrir pour parcourir le chemin qui nous rapproche de notre essence divine consciemment vécue, rien ne nous y oblige dans la Lumière.Au plaisir de se rencontrer, je voyage pas mal alors je finis toujours par m’arreter dans la ville de ceux qui ont envie d’échanger. Je tutoie plus facilement que je ne vouvoie dans la vie, le « vous » est une forme d’écart de l’autre qui ne me convient pas vraiment. Plein de Lumière. Mao

  2. Isabelle Dit :

    Bonjour Mao
    Je viens de découvrir votre blog et je le parcours avec avidité.
    Tout y est clair et tellement plaisant à lire.
    En lisant toutes vos histoires de passeur d’âmes, j’ai une question qui ma taraude.
    Ces âmes que vous libérez coincées depuis des siècles pour certaines ne peuvent donc pas se réincarner tant qu’elles n’ont pas trouvées la Lumière?
    Puis quand enfin elles retrouvent la Lumière et se réincarnent les séquelles doivent être très importantes? Elles reviennent avec un lourd passif???
    Merci pour ce magnifique blog.
    Cela me donne très envie de vous rencontrer. Peut être que mon chemin croisera le vôtre un jour.
    (Je vous ai tutoyé dans un autre commentaire car c’est souvent l’usage sur le net. Désolé si je vous ai manqué de respect car ce n’était pas mon intention)
    Plein de lumière à vous.
    Isabelle

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