Le matin pas calme d’un autiste Asperger

26 juillet 2014

Vivre Asperger

Un matin comme les autres. C’est difficile le matin. 

Plus facile quand il y a une routine obligatoire en fait.

Quand il y a les journées d’école à préparer par exemple. Même si dans ce cas cela génère l’angoisse du contact avec le monde extérieur, sortir de « sa bulle ».

Mais les journées sans véritables « obligations » sont loin d’êtres idéales.

Si je suis seule, tout va bien. Zero obligation, m’occuper des félins de la maison n’en est pas une, c’est une tâche répetitive, routinière, elle a ce coté rassurant des balises pour l’autiste.

C’est l’appréhension du moment du petit déjeuner qui démarre l’angoisse.µ

Je suis souvent la première à me lever. Une bonne nuit, pas trop de reveils nocturnes, ca démarre pas mal. La maison est calme, chouette.

Je vais pouvoir me lever, aller voir les chats, m’occuper de mon petit fragile, et préparer tranquillement mon petit déjeuner.

Et là ça commence insidieusement. Combien de tasses mettre sur la table ? Est ce que je ne prévois que moi, egoistement, pour faire plus vite et conjurer le fait qu’il va y avoir une autre personne pour venir m’empecher de penser tranquillement en moi, de faire une longue conversation silencieuse avec moi meme ?

Ce matin je serai egoiste, je ne mets que ma tasse et ce qu’il me faut.

Deuxième choix, je me prépare un jus de fruits frais ou je plonge dans la bouteille ?
Et c’est là que je m’aperçois que ça va être difficile. Parce que ça manque d’ingrédients pour le jus de fruits frais, et je n’ai pas envie du goût du jus en bouteille.

Que faire, au bout de 5 minutes de valse « va et vient », je choisis, je ferai un mix et je mettrai en bocal pour demain. Ouf, une chose de cadrée, je peux passer à la suivante.

Aie, le café, dosette ou cafetière, comme hier parce que c’était la panne des dosettes ? Les dosettes, c’est bon mais si on se fait plusieurs petits cafés, si non un grand c’est de l’eau marron ». C’est reparti, aller-retour dans la tête.

Allez, on est économe et on se fait un grand café avec une dosette, c’est prévu par la machine n’est ce pas ? Il sera bon, le café en cafetière n’est pas si fort et je ne l’ai pas trouvé si mauvais hier.
Il faut dire que le café et moi , c’est une histoire d’amour, ça explique bien des choses.

Bon le temps qu’il refroidisse un peu parce que le café brulant, grr, ca me stresse, je dois attendre pour le boire, j’ai envie de le boire, et je me retrouve à valser entre la brulure de la langue parce que trop chaud et l’attente insupportable. Valse hésitation de l’autiste, encore, et le mal être monte pendant ce temps là.

Ce matin, je mets toutes les chances de mon coté, je laisse couler le café et je continue à m’occuper des chats. Mon ainée échappera à la partie corvée des soins des minous. Et moi, j’aurai un café à bonne température.

Mauvaise idée, le café quand je m’assied, c’est de l’eau marron, beurk !

Frustration, aie, l’autiste supporte mal les frustrations de ce type.

Raté, je me trouve une porte de sortie, je suis en forme ce matin, pleine de bonne volonté. Je vais refaire un café, un petit, et comme j’absorbe beaucoup de liquides le matin, pour compenser, je vais tater du chocolat au lait de baobab que j’ai acheté pour essayer. Ca me tente, mais je ne trouve pas le moment adéquat pour me lancer.

Eh oui, ce pourrait être le matin, le quatre heures ou à une autre moment, mais c’est compliqué un choix dans une tête d’autiste, trop de paramètres rentrent en ligne de compte.

Déjà sera t’il bon ? Hésitation. Aies je envie d’un chocolat à l’heure dite ? Hésitation.. on peut en citer encore des comme ca. Oui, c’est terrible dans ma tête, ca n’arrête pas.

Le chocolat fait, prête à aller savourer ce petit déjeuner en paix avec le ciel bleu derrière la fenetre, catastrophe, le bruit d’une porte.

Je voudrais avoir imaginé, mais non, il a quelqu’un debout dans la maison.
Mon ainée a du m’entendre et elle vient m’accompagner. Ca signifie, bruit, voix, perturbations sonores en vue, je me crispe sur l’angoisse qui monte, angoisse que je ne peux raisonner, même si je tente.

Et puis, elle va se sentir exclue, car je n’ai pas posé sa tasse. Alors je me releve, et je prépare ce qu’il lui faut. Je n’ai pas envie de la blesser, un autiste c’est fragile, je suis bien placée pour le savoir, alors je fais attention aux autistes de la maison. De toute façon en bon autiste, je fais attention à l’autre en général.

Comme elle m’observe sans rien, parce que hier j’étais mal et qu’elle aussi est autiste, je me dis que ça va bien se passer, on va partager le silence.

Mais non, mon ainée est autiste et elle a ses sujets de prédilection. Le film qu’elle a visionné hier avec sa sœur, elle a besoin d’en parler, et elle me le raconte.
Déja, ce film, qui semblait un film affreux pour moi ,un « Tim Burton » je regarde pas, je peux pas, autiste je vous dis, ce cinéaste et moi, ça bloque.

Et puis, comme j’analyse ce qui se passe, je prends conscience qu’il faut que j’imagine pour entendre, et là pour avoir des images, difficile, le film ne me parle pas.

Je n’aime pas qu’on me raconte un film en fait, parce que pour moi c’est un grand espace vide sur lequel j’essaie de coller des images disparates captées au fur et à mesure que les mots parviennent à mes oreilles .

C’est éprouvant et ca ne donne rien. Souffrance de l’autiste qui se heurte à un impossible, à une incapacité, à quelque chose d’absurde pour lui.

Et voilà, pour évacuer le stress, j’ai raclé mes pieds fort au sol. Et mon ainée à remarqué. « Je te dérange ? ». Aie, que répondre, expliquer que oui, c’est lui faire mal. Et je n’aime pas faire mal. La aussi, il y a souffrance pour moi.

Je réponds à moitié : « j’évacue le stress, mais je ne sais pas trop pourquoi il monte ». Je n’ai pas menti, je n’ai pas la raison profonde encore, juste le ressenti. Et comprendre c’est ce que je vais faire avec elle après.

Alors je lui raconte mes hésitations du matin, mon problème devant les choix, je cite le coup du chocolat et du café long ou court. C’est bien d’expliquer à autrui, ça clarifie pour soi. La seule difficulté, ce sont les mots. Dans ma tête, je les trouve, mais quand je veux les dire, ca bloque, comme si ce n’était pas les mêmes. Faudra que je creuse ça tiens.

La masse d’information, je ne sais pas la trier, pas lui donner une priorité.
Je me demande comment font les autres, les « neurotypiques », on devrait dire les « neurocomplets » puisque c’est à nous Autistes qu’il manque une capacité du cerveau.

Quoi que ce soit, toutes les informations qui vont dicter le choix arrivent au même niveau dans mon cerveau, je ne peux pas pré-trier par ordre d’importance.

Bien sur, l’avantage, c’est que ça fonctionne comme un programme d’ordinateur et que aucune donnée n’échappe à l’analyse. Ca nous rend très fiable dans la réponse à un problème donné que nous sommes capables d’analyser. Ca nous rend imparables quand nous enonçons le fruit de notre reflexion.

Mais c’est une torture à la base. Que ce soit important ou pas pour moi dans une décision, je tiens compte de tout, absolument tout pour analyser et choisir. Je ne sais pas choisir à pile ou face. Ca me fait souffrir à un pOINT indicible.

Ce matin ordinaire a été comme ça : que faire, dans quel ordre, comment ?

C’est l’analyse qui m’a permis de me dire que je pouvais faire couler le café tout en mettant en ordre les litières félines, que je pouvais faire du jus de fruit pour deux jours en ajoutant du jus en bouteille à mes fruits frais, que je pouvais gouter mon chocolat plutot que de me faire trois cafés.

Entre mon lever et la prise du petit déjeuner, il s’est passé pas loin d’une heure. Pas mal n’est ce pas ?

La première heure du matin remplie de données diverses et variées à trier avant que le choix ne s’impose.

Et je ne vous parle pas de l’après. Repartir dans ma chambre taper ceci, me caler dans la banquette du salon ou peut etre sur la nouvelle banquette lit de la pièce du fond ?

Rester avec les filles toute la journée, j’aime être avec elles, je les aime fort et j’aime être avec ceux que j’aime, les ressentir pas loin, ou dans ma chambre parce que j’y serai au calme et pas frustrée par les bruits et les sollicitations diverses ?

A cette heure, ma tension nerveuse est déjà extreme, je me frotte les mains à l’intérieur à intervalles réguliers, je ne me sens pas bien, les nerfs à fleur de peau. Tout ça sans raison apparente, et pour une personne neuro standard, sans raison du tout. Mais pour un autiste, il y a assez de raisons pour n’être pas loin de « peter un cable ».

Je vais chercher la musique, devenir l’onde musique, en espérant que ça m’aide.
Sinon je me leve, je mets de quoi sortir et je me sauve, je ne sais pas où,jusqu’à ce que je ne puisse plus marcher, loin des humains. Peux pas faire ça à mes filles, elles paniqueraient. Je suis mère autant qu’autiste. Au secours..

5 minutes plus tard, j’ai trouvé l’onde, Mike Oldfield, A Light and Shade. L’onde traverse, penetre, le rythme frappe doucement le derme, s’enfonce, ça se desserre dedans, je respire mieux, sauvée..

Plein de Lumière !
Mao

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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