Le chat qui avait au moins 4 vies

31 décembre 2014

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Akhenaton
Album : Akhenaton

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Je ne peux terminer l’année sans laisser un billet pour le chat qui m’a accompagné pendant 4 de ses vies.

La première fois qu’il est venu m’accompagner, j’allais avoir 18 ans, je rentrais d’un long séjour en Italie, j’étais perdu sur le sol français, déchirée entre mon âme italienne et ma mentalité française, choc des cultures à l’époque, c’était le milieu des années 70.

Nous nourrissions deux chattes de rue, nées sans doute là, derrière les bâtiments hlm, dans les restes des anciens vergers. L’une d’elle, bonne grosse mémère noire et blanche, mais trop peureuse pour se laisser approcher par l’humain est venue un jour déposer, un puis deux puis trois chatons à la porte du balcon.

Petites boules fragiles, à peine capables de manger seules. L’un était un mâle, noire comme l’encre, avec le museau effilé comme le mâle qui régnait tout autour, le seul, un magnifique siamois portant haut son collier rouge.

J’ai pu garder celui là, et il est devenu mon confident, mon compagnon de tous les instants. Je le promenais tout petit dans une grande écharpe pour le garder au chaud à l’abri de ma respiration. Il dormait avec moi et ne me quittait pas d’une semelle. Je l’avais appelé Buffalo Bill et il étai devenu « ma bulle », le chat que j’emmenais avec moi partout, en voiture, en camping, même en ballade en foret et qui me suivait ou me précédait toujours de quelques pas, sans jamais s’éloigner.

Il m’a suivi lorsque j’ai pu prendre mon envol à nouveau. Il a traversé mes joies et mes peines jusqu’à ce que ma vie prenne un grand virage et là il m’a quitté, trop brutalement, il avait 7 ans seulement. Son départ m’a fait plonger dans une dépression profonde, car elle était le trop de tant d’années derrière pendant lesquelles l’amour avait été si absent. Il était mon refuge et le sol s’écroulait sous mes pieds.

Mais mon chemin changeait de route et il me laissait pour que je grandisse en le prenant.

Il est revenu quelques années plus tard, toujours aussi noir, mais il était devenue une mignonnet petite chatonne que j’étais allée chercher en région parisienne, où elle vivait avec sa superbe maman siamoise et ceux qui restaient encore de la dernière portée. Elle s’est appelée Guiness et l’aventure a recommencé. Je l’ai gardé lorsque ma colocataire est reparti vers son pays d’origine. Nous avons déménagé souvent mais nous ne nous sommes plus quittées jusqu’au jour tragique de sa disparition.

J’étais encore une fois à un grand virage de ma vie. Ma première fille s’annonçait, j’étais à quelques années de la quarantaine, une nouvelle porte s’ouvrait. Guiness-bulle se retirait, elle avait 7 ans, un triste jour d’automne, elle a rejoint les cieux.

Et puis est venue Thémis, la noire au museau si fin et aux reflets auburn sur la robe. Nous nous sommes retrouvées dans un refuge, elle avait déjà quelques mois, elle attendait dans une chatterie, perdue au milieu des autres. La première que la bénévole m’a littéralement mise sous le nez, parce que j’avais dit que la couleur, l’apparence importait peu, je cherchais une chatte et assez jeune pour que la vieille mémère chatte de la maison ne se sente plus seule mais ne se sente pas menacée .

Je me souviens du regard de la dame qui cherchait, je ne comprenais d’ailleurs pas pourquoi, des chats il y en avait partout autour, de son « ah » satisfait en plongeant sous une chaise et en sortant dans les bras un chat qu’elle m’a tendue triomphalement en me disant avec une étrange provocation « c’est une chatte ». 

Je n’ai pas oublié son air surpris quand je me suis exclamée « oh et en plus elle est noire, j’adore les chats noirs ». Je ne savais pas encore alors que les chats noirs n’ont pas toujours bonne presse et que ce ne sont pas les plus faciles à faire adopter, triste sort qu’ils partagent avec leurs compagnons tigrés, trop  » banals » aux yeux de tant de gens, hélas.

Et Thémis est venue prendre sa place, sans que grand mère Vichnou ne dise rien, ce qui de sa part était très étonnant. Mais Vichnou connaissait Guiness, alors, sans que je le sache encore, tout était en place. C’est Thémis qui m’a fait prendre conscience comme les chats savent si bien le faire, avec patience et insistance, que Bulle, Guiness et elle ne faisaient qu’un. Et ce fut l’immense bonheur de l’avoir retrouvé. J’aimais Thémis, mais cet amour a décuplé je crois quand j’ai compris. Je retrouvais le compagnon de toujours, je ne me sentais plus seule.

Thémis m’a quitté encore une fois alors que ma vie commençait un autre grand bouleversement, encore une fois elle avait 7 ans. Il fallait que j’avance, que je m’arrache à tant de choses, elle a donné le « la » comme toujours.

Et là je l’ai guetté, attendu, ce chat qui revenait toujours. Je savais que je le reconnaîtrais, qu’il me dirait « c’est moi ». Et il l’a fait. Au moment où tout redémarrait, il est arrivé, in extremis, juste avant que je ne rate son regard planté dans le mien, le regard d’un chaton d’un mois et demi dans lequel il y avait toute la vieillesse du monde.

J’ai su, et je l’ai attendu, contre ce qui semblait la plus élémentaire raison. J’avais déjà en charge d’innombrables chats que l’on m’avait abandonné là un jour. Mais ce qui semblait ne pas être raisonnable ne tenait pas de la raison mais du coeur. Akhenaton m’a rejoint un jour d’été, fier, altier, le museau fin, beau et mince. 

Il a fallu bien du temps pour qu’il daigne venir dormir au creux de mes bras. Il m’apprenait le détachement et j’ai appris. Il m’a appris la patience et l’observation pour comprendre au delà de tous les signes, juste avec la Lumière pour guide.

Akhenaton m’a laissé il y a quelques semaines, il m’a fallu tout ce temps pour lui laisser son dernier hommage. Comment l’exprimer lui, ce chat exceptionnel qui avait bien voulu venir me guider?

Il avait comme à chaque fois 7 ans. Le petit prince était fragile depuis toujours, né d’une mère sous pilule, il souffrait de malformations cachées et d’un problème de reins chroniques.  J’espérais qu’avec la nourriture adaptée, les soins énergétiques, il pourrait vivre au delà de dix ans comme beaucoup le font. Mais il ne devait pas en être ainsi.

J’entame le dernier virage de cette vie ci, je le sais. Après le dernier bouleversement, je repars sur la dernière et grande ligne droite. Et Akhenaton est parti pour que je me lance sans regarder en arrière.

Je sais que nous ne nous reverrons plus, je lui ai demandé de vivre une nouvelle très belle et très longue vie ou de ne pas revenir s’il ne le choisit pas. J’ai reçu après son départ sa visite, une très vieille et forte âme féline, une force et une sagesse insoupçonnable pour qui ne le connaissait pas, mais qui lui ressemblait tant.

Il n’a pas été facile d’accepter cet adieu, mais en même temps, il m’a aidé une dernière fois, et à franchir un immense pas, celui qui nous apprend que la mort est un non sens, il n’y a pas de mort, juste un changement d’état et un grand voyage qu’entament ceux qui partent. 

Il m’a appris à ne plus pleurer parce qu’il n’y a pas de raison de le faire. Pourquoi sommes nous malheureux? Eux ne le sont pas et nous devons nous réjouir de les savoir en paix et libres.

Alors du chagrin qui voulait m’envahir est né une sensation de plénitude que j’ignorais, celle de se libérer du poids des vies et des morts, d’avoir compris donc accepté enfin, de pouvoir dépasser ce frein qui nous empeche de rejoindre notre essence divine parce que nous sommes trop attachés à notre forme terrestre.

Il a eu besoin de quatre vies pour me l’apprendre mais il a fait tout ce chemin pour m’y aider. C’est une autre belle leçon qu’il m’a donné là. Jamais Buffalo-Guiness-Thémis-Akhénaton ne quittera ma mémoire. Il restera une image pour les moments de doute ou de difficulté. Il restera une référence pour avancer sur le chemin sans faiblir. 

Je suis venue ici lui écrire merci de tout ce qu’il m’a donné, de sa tendresse, de son amour, de sa protection féline, des leçons qu’il m’a dispensé tout au long de ces quatre vies ensemble.

Que soit route soit belle, elle éclairera, de la haut ou d’ici bas d’autres chemins j’en suis sure. Et c’est très bien ainsi, parce que c’est ce que son âme a choisi.

Plein de Lumière,
Mao

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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2 Réponses à “Le chat qui avait au moins 4 vies”

  1. Mao Dit :

    Bonjour, ils restent très présents s’ils l’ont décidé. Un changeement de vie pour pouvoir revenir gambader sereinement dans la votre peut être. Je vous le souhaite à tous deux très fort. On les reconnait et ils savent nous mettre sur leur chemin, soyez en sure. Plein de Lumière!

  2. pilarperez Dit :

    Merci Mao, moi aussi j’avais fait l’adoption d’un lévrier et il est parti un jour très symbolique, avec la lune d’aout. Après ça il reviens quelque fois dans mes rêves. Et aussi je ressens qu’il m’a montré l’urgence d’un changement chez ma vie

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