Dans la bulle fermée de l’autiste un « mauvais » jour

10 novembre 2015

Vivre Asperger

Dès le réveil ce matin, sous la peau  cette sensation que roulaient des petites billes d’acier. Une sensation douloureuse, irritante, qui donne envie de se refermer sur son corps, s’enfouir sous sa couette, ne plus devenir qu’un bloc inattaquable.

L’angoisse, sous jacente, a jailli. Fuir le bruit, fuir les paroles, fuir l’échange. La bouche fermée, serrée, dont les mots ne peuvent sortir qu’avec effort. Le regard qui fuit obstinément celui de l’autre, la tête qui se baisse, se tourne.

Tout est frustration, tout est difficile. Le cerveau aussi s’est bouché à l’extérieur. On se retrouve incapable de démêler le câble électrique, incapable du moindre geste « pratique » comme s’il s’agissait d’une épreuve de haut niveau, être au bord de la vrille dès qu’un objet échappe au contrôle de la main, qui elle parvient bien mal à être sure.

Et en même temps, le cerveau devient perfectionniste, rien ne doit être hors sa place, rien ne doit être autre que « comme il se doit », objets, orthographe, aspects, tout devient obsessionnel de perfection, l’ordre pour ne pas se perdre en soi.

Même la sollicitation de l’entourage fait se tordre les doigts. La fameuse « bulle » de l’autisme, elle est bien là. Tout ce qui est extérieur et qui essaie avec la plus belle intention du monde d’interagir, semble vouloir la percer.

Chaque sollicitation auditive, olfactive, visuelle aussi, dans ce système nerveux survolté, prend une dimension terrible. On manque d’air, on voudrait rester sous la douche ou s’enfoncer dans le bain, encore et encore, comme s’il l’air était fétide et que les odeurs se collent sur la peau en un film gluant.

L’esprit cherche dans tous les sens une porte de sortie vers l’apaisement, comme l’oiseau qui essaie de trouver l’issue de sa cage. Les autistes profonds hurlent, cognent. Les autres, « civilisés » n’y parviennent pas ou plus, pas de sas de sécurité à ouvrir, hélas.

Il nous faudrait, utopie, une pièce fermée, insonorisée, capitonnée, pour s’y réfugier, comme un nid tout douillet. Pouvoir y faire sortir tout ce stress intenable.  D’où vient il? Que s’est il encore passé pour déclencher la tempête mentale et physique?

Nous sommes trois dans la maison et nos crises sont presque simultanées, même si d’intensité variable pour les uns et les autres à chaque fois. Phénomène lunaire?  climatique? en plus d’environnemental et de l’accumulation de stress quotidien?

Il est évident que nous enfouissons tout un tas de « micro stress » qui pour nous ne sont pas si petits que cela et qu’à un moment, c’est comme le bois trop sec en été, la moindre étincelle allume. Lorsque nous nous préparons à affronter ce qui pour nous sera une épreuve, la communication avec les autres surtout, ceux que nous ne connaissons pas ou pas assez, la tension monte, parfois à l’extrême, parfois trop, comme aujourd’hui.

Alors nous nous sentons des piles nucléaires autant que des loques humaines, les deux en même temps. Le seul remède, silence et isolement, et travail sur soi tant que possible pour ne pas culpabiliser, vis à vis de ses proches et de ceux qui ont besoin de nous.

L’autiste, si handicapé dans la communication, dans les relations sociales, est particulièrement tourné vers l’autre, préoccupé par son bien être, sa souffrance, désireux d’aider, de soulager. Presque un paradoxe pour nous qui  souffrons tant de vivre au milieu de tous ses « martiens » que sont les personnes dites « neuro-typiques ».

Là aussi est une des clefs de nos « crises », l’épuisement nerveux parce qu’en permanence nous essayons de décoder ce que transmet l’autre et d’y répondre clairement, de façon à être compris sans nuance possible, ces nuances qui nous sont totalement inconnues, ces fameux « deuxième degré » qui sont notre hantise.

« A quelque chose malheur est bon » dit le proverbe. Raconter l’autisme de l’intérieur pour aider ceux qui, à la porte de notre bulle, sont bien impuissants et pour les proches si malheureux de l’être. Je choisis de transformer l’épreuve « stérile » en ouverture porteuse, une lucarne que j’ouvre sur le monde extérieur.

Plein de Lumière!
Mao

À propos de Mao

Energéticienne, passionnée par les autres et l'étude de l'Energie sous toutes ces faces.

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